Développer sa capacité à stabiliser ses émotions

Développer sa capacité à stabiliser ses émotions en posture de médiateur-e confronté à des résonances de notre propre histoire est fondamental à notre posture de tiers impartial et neutre.

Médiateure professionnelle et instucteure qualifiée de pleine conscience sont réunis dans ma posture en médiation . Je regrette que la formation du médiateur soit actuellement encore plus portée sur le développement de l’esprit rationnel que sur l’entraînement de l’esprit et de l’attention.

Développer sa capacité à stabiliser ses émotions en posture de médiateur-e confronté à des résonances de notre propre histoire est fondamental à notre posture de tiers impartial et neutre.

C’est en nous confrontant à nos subjectivités et en examinant nos mécanismes de défense que le médiateur vit et fait vivre l’impartialité, qui selon Fiutak, est l’unique condition de la neutralité. G. Friedman illustre cette idée lorsqu’il témoigne que « repérer et traiter ces jugements a été le défi le plus difficile à relever dans la médiation ».

Si je rejoins T. Fiutak sur la nécessité d’identifier « les paradoxes inhérents à tout litige qu’il peut accepter un état de dissonance cognitive ». Son postulat de débat intérieur me semble encore trop mental et peu réalisable dans l’instant de la tourmente d’une médiation, sans ce façonnement de l’esprit spécifique que suggère G.Friedman et qui permet cet « art de la relation à soi, aux autres et au monde ».

La pleine conscience offre au médiateur de développer la reconnaissance de ses résonances à l’instant où elles jaillissent, en y portant son attention délibérément, dans l’instant et sans jugement. Cette conscience de soi est au service de l’éthique et du confort du médiateur et permet la vigilance à ces moments en médiation où les ressources attentionnelles du médiateur sont colonisées par ses automatismes, son histoire personnelle.

Cette conscience de soi est selon moi cruciale pour l’évolution de la médiation. Les recherches en neurosciences démontrent que la pleine conscience apporte plus d’efficacité, d’attention, un meilleur sens du contrôle, une plus grande intelligence émotionnelle, plus de choix décisionnels, la confiance en son intelligence intuitive et plus de compassion. La pleine conscience propose sept attitudes qui pourraient entrer dans le code moral de l’éthique du médiateur : le non-jugement, l’esprit du débutant, l’acceptation, la confiance, le non-effort, la patience, le lâcher-prise.


Serait-ce trop ambitieux ? Trop exigeant ? Certainement pas, tant ces attitudes sont interdépendantes. En pratiquant l’une d’entre elles, le médiateur développerait les autres en les amplifiant toutes au final. S’influençant mutuellement elles agiraient assurément autant sur le processus de médiation que sur les médiés.


La médiation est bien plus qu’une technique, elle est portée par un idéal humaniste que le médiateur fait vivre conformément à sa posture éthique, notamment en raison de la connexion à lui-même. L’évolution sociale et politique que propose la médiation ne peut s’inscrire que par l’incarnation de ce changement de paradigme endossé authentiquement par le médiateur conscient de sa vulnérabilité.

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